N Aie Pas Peur Du Noir Critique Essay

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Faire un film de l’expérience de Milgram pour critiquer la télévision, tel était le projet de Christophe Nick avec Le Jeu de la Mort (France Télévisions, 2010). Un film étrange, qui met face à face deux fictions: LA télévision, représentée par la figure caricaturale du jeu télévisé (assimilé, on ne sait pourquoi, à la télé-réalité, alors qu’il s’agit d’un programme d’un tout autre genre), vs LA science, incarnée par un professeur à barbe blanche, le psychologue Jean-Léon Beauvois, appuyée sur le rappel insistant de l’archive et sur une batterie de graphiques superbement designés.

Que la télévision ait une influence sur les représentations et les comportements est a priori peu douteux, et la critique de l’obéissance aveugle, qui est au fondement de l’expérience de Milgram, apparaît comme une cause sympathique. D’où vient alors le sentiment permanent de malaise distillé par le film? Au-delà de la manipulation des cobayes, et du paradoxe de produire une véritable situation de télé-réalité (autrement dit une mise en scène de la “vraie vie” avec des sujets consentants destinée à produire du spectacle), il y a me semble-t-il plusieurs erreurs de démonstration.

L’expérience de Milgram portait sur l’autorité. Or, sa transposition télévisée ne démontre pas l’existence d’une “autorité” télévisuelle, mais plutôt la soumission au dispositif. Pour avoir participé à plusieurs émissions de radio et quelques émissions de télévision, je peux témoigner qu’il existe une forte pression du dispositif. Une émission est une machine dont le déroulement réglé s’impose, non sans violence, au participant. Elle implique la mobilisation d’un appareillage coûteux, d’une équipe de plusieurs personnes, de locaux spécialement disposés réservés à cet effet, etc.

Bousculer ce dispositif, une fois qu’on a accepté d’y prendre part, n’est guère envisageable, et reviendrait approximativement à prendre les commandes d’un Boeing après le décollage. Au-delà de questions de légitimité ou d’autorité, il y a la simple réalité qu’un participant est toujours étranger au dispositif, dont il est un usager temporaire, et dont il n’est pas responsable.

Ces questions n’ont jamais été abordées pendant le documentaire, dont la doctrine revenait à poser que la lourde machine d’un jeu télévisé avec son public était équivalente à une expérience de psychologie réalisée dans des locaux universitaires. (Accessoirement, on peut noter que l’expérience de Milgram comporte elle aussi un dispositif non négligeable, dont l’influence n’a pas été prise en compte.)

La transposition brute de l’expérience de Milgram au contexte télévisé est un projet dont le fondement paraît des plus fragiles. Même en reprenant les catégories du film, je ne pense pas du tout que LA télévision a une autorité équivalente ou même comparable à celle de LA science (qui a en réalité des “autorités” très variables). Son influence – bien réelle – passe par l’imposition d’images et de récits, des systèmes de répétition et de normalisation plus élaborés et plus sournois que l’injonction d’avoir à se conformer à un protocole. N’importe quelle autre situation imposant à un quidam de s’asseoir aux commandes d’une machine lancée à pleine allure produirait un registre de réactions adaptatives semblables, qu’on soit à la télévision, dans une gare ou sur un chantier.

L’obéissance fait partie de la vie sociale, soit. La télévision – comme la presse, le cinéma, la radio… – est un de ces systèmes d’emprise par conformité au consensus général, sans conteste. Qu’a montré à cet égard Le Jeu de la Mort? Rien de plus que l’idée reçue. Certainement pas le pouvoir de la normalisation par l’image, qui s’impose dans la durée, et dont l’Italie berlusconienne apporte aujourd’hui le plus triste témoignage (cf. Videocracy d’Eric Gandini).

Dans la France (de moins en moins) sarkozyste, un petit coup d’épingle critiquant la soumission à l’autorité ne peut pas faire de mal – et a certainement fait réfléchir Tania Young (mais pas Christophe Hondelatte). Cela posé, plutôt que la démonstration annoncée, on n’a eu qu’un spectacle de plus.

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Si vous allez au cinéma, il est difficile de ne pas passer par deux sortes de films : les suites et les reprises. J'ignore si les scénaristes d'Hollywood sont en panne d'idées originales, mais j'ai rarement vu autant de reprises de films ou de films inspirés d'autres productions à l'affiche. Le dernier long métrage basé sur un autre projet à avoir vu le jour est N'aie pas peur du noir, un film coécrit par Guillermo Del Toro et marquant le retour de Katie Holmes au grand écran. Malheureusement, ce n'est ni un film qui passera à l'histoire, ni un long métrage qui a des chances de faire salle comble.

N'aie pas peur du noir est inspiré d'un obscur téléfilm américain diffusé en 1973. Il met en vedette la jeune Sally Hurst, qui a été remise entre les mains de son père et de sa jeune amante par une mère ne désirant tout simplement plus s'en occuper. Emménageant malgré elle dans un immense manoir où elle n'a personne avec qui partager son quotidien, la jeune Hurst entend rapidement des murmures d'étranges créatures ayant mené à la mort l'ancien propriétaire de la maison et son fils. Rapidement, la petite Sally devra se faire violence et résister à l'appel de ces créatures maléfiques désirant la sortir de son isolement, et ce, devant une belle-mère désirant se faire aimer et un père ignorant tout simplement ses appels à l'aide.

En soi, le scénario de N'aie pas peur du noir est classique et dépourvu d'une quelconque originalité, ce qui est surprenant venant de Guillermo Del Toro. De fait, cette nouvelle mouture est dénuée d'une âme lui étant propre et préfère se vautrer dans les clichés et le classicisme des films d'horreur et de suspense (le noir, les gros sons pour faire sursauter, etc.). On sent bien la touche de Del Toro et son amour du fantastique (notamment lorsqu'on voit le jardin du manoir, rappelant quelque peu certains décors du Labyrinthe de Pan), mais le tout est présenté sans réelle inspiration ni attrait.

Sans cette essence, cette âme, N'aie pas peur du noir devient immanquablement un film s'étalant en longueurs, bien souvent inutiles, et souffrant d'une absence totale de surprise. En fait, c'est probablement ce qui m'a le plus déçu après avoir visionné ce film. Je m'attendais constamment à être surpris, à être confronté à un rebondissement totalement inattendu, mais mes attentes ont tout simplement été vaines. Jamais le film ne m'a fait écarquiller les yeux ni lever les sourcils tant la trame scénaristique est prévisible et banale. Même lorsqu'on découvre quelles sont les créatures cauchemardesques hantant Sally, on n'est que peu surpris et on finit tout simplement par en rire. De scènes d'horreur et d'épouvante, on esquisse un sourire qui n'a certainement pas été voulu par les producteurs. Certes, on sursaute à quelques reprises par l'entremise de puissants effets sonores, mais ces moments sont beaucoup trop sporadiques et éparpillés pour un film censé nous procurer des frissons.

Tout de même, notons le bon travail des acteurs, en particulier celui de la jeune Bailee Madison (que j'ai d'ailleurs confondu de prime abord avec la propre fille de Katie Holmes!), qui personnifie avec justesse une Sally Hurst tourmentée et apeurée. Katie Holmes et Guy Pearce livrent aussi des performances respectables, la première dans son rôle de belle-mère tentant désespérément de venir en aide à la fille de son conjoint et le second, dans un rôle d'entrepreneur préférant nier les souffrances de sa petite au profit de sa carrière. Dommage que les faiblesses du scénario limitent inexorablement le jeu des acteurs...

S'il vous intéresse, N'aie pas peur du noir est un film à louer et non à voir au cinéma, encore moins aux prix actuels des billets. Comme film de suspense et d'épouvante, c'est un divertissement plutôt moyen. Comme film à proprement dit, c'est tout simplement un long métrage prometteur se brisant face à des attentes n'étant jamais comblées.

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